18 décembre 2014

Direct à l'hospice

Je suis en vacances dans un rare état de décrépitude. Ca s'arrose. Je suis donc passé saluer le bistro du coin. Il y a à côté de moi deux cadres qui en sont pas à leur première tournée. L'un vient de dire à l'autre : mes parents sont vachement sympas, ils sont restés jeunes. 

C'est con, comme propos. Je tiens à informer le type que mes parents ne sont pas jeunes, surtout la moitié d'entre eux encore vivante ce qui ne les empêchent pas d'être vachement sympas et tout ça. La moitié d'entre eux qui a fêté ses 83 ans le week-end recevra son fils ce week-end, fils qui a invité à passer une soirée à la maison un copain qui s'appelle Monsieur Poireau. Ils vont la laisser après dîner pour se pochetrons au bistro comme des gamins alors qu'ils frisent la cinquantaine. En matière de jeunisme, on pourrait donner des leçons, malgré la cinquantaine qui pointe. Quand la mère en question n'est pas à une conférence, à son machin d'histoire de l'art, elle anime le club de Scrabble. Je ne suis pas en train de lui rendre un hommage mais de préparer la suite de ce billet. 

Ce con, pour démontrer à son collègue que ses parents sont jeunes et sympas a dit, je cite : l'autre jour, ils avaient organisé une fête à la maison, ils jouaient avec des pistolets à eau, tu vois ils sont jeunes et sympas. 

Maman, si je te surprends un jour à jouer avec des pistolets à eau avec des potes, je te fous immédiatement à l'hospice. 

Jeunes et sympas. Pauvre con. 

17 décembre 2014

Journée mondiale de l'orgasme

La blogosphère avait loupé ça. C'était hier la journée mondiale de l'orgasme. Vous me direz : "on s'en branle". Oui.

Il n'empêche que l'Ifop qui sait que je suis un blogueur politique influent mais a oublié que je suis aussi un blogueur de connerie m'a envoyé un mail avec un sondage à ce sujet. Je vous le communique donc.

Pour information, en bientôt dix ans de blogage, c'est la première fois qu'un institut de sondage m'envoie le résultat d'un sondage. Même si on n'est jamais trop pressé, je suis dubitatif.

Je vais donc tenter de les aider : jamais je n'ai eu un orgasme parce que mon partenaire pénètre mon vagin, même s'il me caresse le clitoris.

15 décembre 2014

Les blogueuse blondes

Elles sont toujours bienvenues aux Kremlin des Blogs MAIS IL NE FAUDRAIT PAS DECONNER QUAND MÊME. 


14 décembre 2014

Questions cuisine

Un petit tour chez Tambour Major m'a fait découvrir ce petit questionnaire culinaire. Onze questions, comme les onzes doigts de la main.

Let's go !


1/ Inaugures-tu une nouvelle recette quand tu as des invités ou préfères-tu la tester d’abord en solo (ou sur ta famille) ?
Je n’invite jamais personne… Je préfère le faire au restaurant. Je vais donc parler au passé… Je n’hésitais pas à essayer.

2/ Quand tu es en rade d’un aliment, tu vas chez le voisin pour être dépanné ou tu changes tes plans ?
J’étais assez bien organisé et j’ai un supermarché à 50 mètres.

3/ Comment préfères-tu la cuisson des œufs ?
En omelette baveuse… Mais j’aime bien toutes les préparations.

4/ Si parmi tes invités il y a des enfants, leur prépares-tu quelque chose de différent que ce que tu mitonnes pour les adultes ?
Je ne sais pas. Je n’invite pas d’enfants…
5/ Par rapport à ton enfance, y a-t-il des aliments que tu t’es mis à aimer, et au contraire d’autres que tu n’aimes plus ?
Je n’aime plus les ananas alors que j’adorais ça. Il m’arrive de manger du fromage alors que je refusais d’en manger (sauf du gruyère).
Je n’aime toujours pas les tomates ce qui est chiant (il y en a partout). Il y a des trucs que je n’aimais pas, comme les petits pois, que je n’ai jamais remangé.
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6/ A choisir : du bio qui a fait le Tour du Monde pour rejoindre ton marché hebdomadaire ou des produits du terroir que tu vas chercher chez les producteurs du coin (avec juste un peu de pesticide, mais pas trop) ?
Je m’en fous.
7/ Regardes-tu les émissions culinaires «à la mode» ?
Non

8/ Quand tu vas dans un restaurant typique, tu commandes une spécialité ou un steak-frites (nan parce que j’en connais qui le font…) ?
Une spécialité.

9/ Es-tu un puriste des recettes régionales (clafoutis forcément à la cerise, far uniquement aux pruneaux, tarte flambée crème, lardons, oignons et rien d’autre…) ?
Pas du tout mais je considère certains trucs comme une hérésie. De la choucroute de poisson, par exemple.

10/ Penses-tu que les knackis Hert* soient réellement conformes aux véritables knacks alsaciennes ?
On s’en fout. J’adore ça.

11/ Comment vois-tu notre alimentation dans 30 ans ?
La mienne n’a pas trop changé depuis 30 ans alors j’ignore ce qu’elle sera dans le futur.
J’imagine qu’elle va tout d’abord beaucoup évoluer à cause de l’environnement et des ressources disponibles, notamment le poisson.
Si elle a changé, en 30 ans, c’est avec le progrès dans les plats préparés et j’imagine que cela va continuer que l’on aura beaucoup plus accès à des plats régionaux traditionnels de qualité.


11 décembre 2014

Le remplaçant

Fernand a presque 65 ans. Il part à la retraite à la fin du mois. Il a commencé à travailler le 14 juillet 1964 (mais à l'époque, les gens ne pensaient pas en priorité à cotiser pour la retraite). 50 ans au compteur. Dont une vingtaine au comptoir de cette grande brasserie où je déjeune tous les midis depuis deux ans. 6h30 - 16h. 5 jours par semaine. 46 semaines par an. 

Je ne suis pas sur mon blog politique mais je vais faire un aparté. Quand je vois mes confrères défendre des acquis sociaux, je rigole. Disons 50 ans, 9 heures par jour. 5 jours par semaine. 46 semaines. 2300 heures par an. Ils devraient penser à avoir une vision globale de la société, ce qui, à mon sens, est un truc de gauche, comme le partage du travail, des richesses. Ils devraient penser à ne pas défendre que les 10 millions de salariés des grandes entreprises... Et pas les 35 millions d'autres électeurs. Après, ils s'étonnent que la gauche ne soit au pouvoir qu'occasionnellement. Bref...

Son remplaçant est arrivé hier. C'est visiblement un professionnel, c'est-à-dire quelqu'un avec des compétences supérieures à celle des loufiats ordinaires que l'on voit souvent. J'ai du nez pour les détecter, ayant vu défiler tellement de monde ici ou dans d'autres bistros. 

Je mange toujours à côté de la même dame. On a vaguement sympathisé mais elle est un peu comme moi : elle ne vient pas au bistro pour discuter avec des inconnus ou se faire des potes. 

Ce midi, elle m'a dit : après le départ de Fernand, je ne crois pas que je vais continuer à venir. J'ai argumenté dix secondes et elle a reconnu avoir dit des conneries. 

Ainsi, le remplaçant, le petit nouveau doit jouer avec cela : les habitués qui viennent parce que c'est Fernand qui les sert. 

Fernand avait pris une semaine de vacances à la Toussaint. Auparavant, il prenait toujours des vacances en même temps que moi, ce qui fait que j'ai rarement été servi par quelqu'un d'autre que lui. Je pourrais néanmoins dire la même chose des autres remplaçants que j'ai connus ailleurs. 

Tous tentaient de démontrer qu'ils étaient mieux que le titulaire, ce qui est évidemment une grosse connerie. Le titulaire connaît mieux la maison que lui, nos habitudes,... Et en plus on vient aussi parce qu'on l'apprécie. 

Tous tentaient de démontrer qu'on serait aussi bien avec lui, qu'il était sympathique, discret, efficace,... 

Pas le remplaçant de Fernand. Il nous montrait, maladroitement, faussement peut-être, qu'il allait tenter de remplacer l'irremplaçable, qu'il en était désolé mais qu'il fallait bien que Fernand vive sa vie et sa retraite. Qu'il était là malgré lui, par respect pour Fernand, pour le laisser nous quitter. Il s'excusait de ses bourdes. Il m'a dit, ce midi : je suis désolé, j'ai oublié ce que vous avez mangé hier. Je lui ai répondu : un sandwich au pâté. Il a dit : ah oui, je vous en remet hein aujourd'hui. J'ai accepté alors que le plat du jour est un coq au vin. J'avais pris le sans-souci hier parce que le plat du jour était une escalope de dinde milanaise avec des tagliatelles. Je conchier les escalopes de dindes milanaises avec des tagliatelles. Le veau est meilleur que la dinde mais ces connards de clients préfèrent la dinde car c'est plus tendre. La sauce milanaise n'a aucun intérêt et la bouffer avec des tagliatelles est un coup à se tacher la chemise. D'ailleurs, je crois bien que je n'aime pas les nouilles autrement que dans un plat fait au toutous d'elles comme les bolognaises. C'est aussi pour ça que j'aime les restaurant italiens. On sert d'abord des pâtes puis la viandes. Il y a des exceptions. Par exemple, des ris de veau peuvent être servis avec des coquillettes.  De la soupe avec du vermicelle. Une escalope de dinde n'a pas à etre mangée avec des pâtes. Des pommes sautées ou des haricots verts seraient parfaites. Et pas avec une sauce à base de tomates. Et la crème fraîche et les champignons, vous connaissez ? Je digresse. Du verbe digresser. Revenons à notre remplaçant remplaçant l'irremplaçable. Ou alors, simplement panées avec une goutte de citron, du beurre et des nouilles ordinaires. 

J'en étais où ? 

Ah oui. 

Le remplaçant assumait son rôle. Il assumait son rôle. Il n'était pas là pour nous dire qu'il serait meilleur que Fernand, voire aussi bon. Il n'était pas non plus le contraire en montrant qu'il était là par hasard, que l'on devait faire avec ou aller se faire enculer. 

Il nous montrait qu'il ferait tout pour être à la hauteur de nos exigences, espérer qu'on pourrait le supporter comme remplaçant de Fernand pour finir par être notre nouveau Fernand. 

Je l'aime déjà. 

Je vous disais que j'avais du nez et compris qu'il était un pro. Il n'a pas essayé d'être lui, un personnage,... Comme tous les autres. Mais qu'il est ce qu'on voudrait qu'il soit. Donc ce qu'il est. 

Chapeau l'artiste. 

Ouf !

08 décembre 2014

Contre la bière !

Comme j’ai la réputation de boire de la bière (je ne sais pas pourquoi), quand un type me donne un rendez-vous pour boire un coup, il choisit généralement un bar à bière ou un pub alors que j’ai horreur de ces lieux et des bières un peu spéciales. Mon truc à moi, c’est le bistro, qu’il soit tout petit comme l’Aéro ou gigantesque, genre grande brasserie.

Je ne vais pas en faire une théorie sauf si vous insistez. Vous insistez. Bien.

Tout d’abord, le produit : la bière pression. La température idéale de la bière est aux alentours de 6 à 8 degrés. Elles sont souvent servies plus fraiches car elles se réchauffent naturellement dans votre verre. Or cette fraicheur casse le goût, exactement comme pour le pinard. Imaginions que vous achetiez du vin et que vous ne l’appréciez pas spécialement. Vous le mettez au frigo et vous le buvez quand il a atteint 12° avec un repas ordinaire, une salade, une grillade,… Il passera très bien.

Prenons deux bistros au hasard mais pas trop : la Comète et l’Aéro. Les deux sont séparés d’une cinquantaine de mètres et servent les même bières, à savoir de la Kronenbourg ordinaire, de la 1664 et de la Grimbergen (ou de la Leffe, j’ai un trou de mémoire). Prenez en suite un consommateur de 1664, qui est par ailleurs une excellente bière. Vous le faites boire une 1664 à la Comète puis à l’Aéro. Il va trouver une différence entre les deux. Il ira même jusqu’à dire qu’elle est mauvaise à l’Aéro. Ce n’est pas du snobisme : il y a bien une différence, tout d’abord de température mais aussi de goût. Le tirage est moins important à l’Aéro donc le fut de bière dure plus longtemps et a tendance à s’éventer. Vous vous mettez de mèche avec le patron de l’Aéro et vous recommencez le lendemain. Une 1664 à la Comète, puis, vous allez à l’Aéro qui servira une Kronenbourg ordinaire dans un verre à 1664. Votre client amateur de 1664 la trouvera bonne. Vous faites dire au patron : « Oui, plusieurs clients m’ont fait des remarques, j’ai changé le fût. » De fait, il y a une différence entre les bières mais votre client la mettra sur le compte de la température et finira par dire : « là, elle est bonne, c’est quand même autre chose ! ».

Vous pouvez tester également avec la Grimbergen (ou la Leffe) mais le goût est plus prononcé alors faites le boire trois Grim à la Comète avant de changer de bistro. Il aura oublié le goût initial et acceptera d’expliquer la différence par la qualité du fût.

Je résume : on aime bien la bière fraîche quand elle est à la pression (et même en bouteille) et le froid casse le goût et j’ai mis en évidence deux phénomène. Le premier est que la bière en fût ne se conserve pas très longtemps. Ainsi, un petit bistro ne pourra pas servir assez de bières spéciales en peu de temps pour conserver des bonnes bières. Néanmoins, les usages font que la plupart des bistros proposent au minimum trois pressions : une bière ordinaire, une spéciale et une bière d’abbaye. C’est parce que les clients sont demandeurs mais c’est souvent du pur snobisme. Le deuxième est que le palais est cassé au bout de deux ou trois bières, on ne sait plus relever les différences si on n’est pas réellement connaisseur en bière.

Il y a probablement des amateurs de bière qui seront choqués par ces propos qu'ils auront mal compris. Ce n'est pas très grave. Je vais le refaire à l'envers. La plupart de ceux qui vous expliquent qu'ils aiment les bonnes bières sont comme ceux qui prétendent connaître le vin et vont finir par conchier les bons de vins de pays qui sont si agréables à boire avec des amis sur la terrasse en attendant l'heure d'aller se coucher. Alors ils vont sortir les bons Bourgogne et les bons Bordeaux (en expliquant, souvent, que les Bourgogne sont supérieurs aux Bordeaux), faire les gestes qui vont avec, goûter la première gorgée et savourer centilitre par centilitre. Ils ont raison, c'est bon. Et le reste de la bouteille va y passer sans qu'il se rende compte... Ce qui compte, c'est pourtant ce qui va avec le vin : le repas et surtout le bon moment avec la famille et les amis.

Avec la bière, c'est pire ! On ne goûte pas la bière car c'est bien la première gorgée, celle qui est si fraîche, qui est si agréable, qui vous fait apprécier le moment...

Ainsi, je n'aime pas le folklore qui va avec le vin et déteste celui qui va avec la bière. La bière est ce truc qui se boit en sortant du métro ou du bureau... De mon réquisitoire, n'allez néanmoins pas en conclure ce que je n'ai pas dit. J'aime le bon vin et les bonnes bières. Mais je vais continuer ce réquisitoire.

La plupart des gens qui choisissent tel ou tel type de bière parce qu'ils la préfèrent à une autre le font avec un certain snobisme et par habitude. Je connais des lascars qui boivent toujours de la Heineken ou de la Super Bock en bouteille. C'est un phénomène que je n'arrive pas à expliquer : si tu aimes la bière de base, tu la bois à la pression. Qu'on puisse ne pas aimer une bière ou aimer uniquement un type de bière est une chose. Par exemple je n'aime pas les bières d'Abbaye alors que certains adorent ça. Je comprends. Qu'on prenne toujours la même m'échappe, à quelques exceptions près. Par exemple, parmi les blondes légères qu'on trouve habituellement dans les bistros, la 1664 et la Carlsberg sont largement au-dessus du lot (au détail près de ce que je disais en début de billet). Certaines sont même exceptionnelles comme la Pilser Urquell.

"Une bonne bière fraîche en terrasse". Beaucoup d'andouilles vont aimer siroter une bière en terrasse, au soleil, et prendre leur temps. Je comprends ! La bière est la meilleure boisson que l'on puisse boire au bistro en dehors des repas avec le Perrier et le café. C'est bien agréable de prendre son temps, à glander au soleil. Il empêche qu'une bière s'éventer et se réchauffe. Alors passer une demi-heure au soleil avec une bière est grotesque.

Reprenons pour aller à l’essentiel.

Je parlais de la première gorgée d’une bière, en sortant du bureau ou du métro. Vous connaissez certainement le livre « la première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules » de Philippe Delerm. Il était resté en tête des ventes pendant des semaines et des semaines. Ce livre avait cartonné. Il décrit différents petits plaisirs de la vie.

Je vais recopier la partie essentielle, l’auteur et l’éditeur ne m’en tiendront pas rigueur : elles sont sur le web : « C'est la seule qui compte. Les autres, de plus en plus longues, de plus en plus anodines, ne donnent qu'un empâtement tiédasse, une abondance gâcheuse. La dernière, peut-être, retrouve avec la désillusion de finir un semblant de pouvoir... Mais la première gorgée! Gorgée ? Ça commence bien avant la gorge. Sur les lèvres déjà cet or mousseux, fraîcheur amplifiée par l'écume, puis lentement sur le palais bonheur tamisé d'amertume. Comme elle semble longue, la première gorgée! On la boit tout de suite, avec une avidité faussement instinctive. En fait, tout est écrit, la quantité, ce ni trop ni trop peu qui fait l'amorce idéale ; le bien-être immédiat ponctué par un soupir, un claquement de langue, ou un silence qui les vaut; la sensation trompeuse d'un plaisir qui s'ouvre à l'infini... En même temps, on sait déjà. Tout le meilleur est pris. On repose son verre, et on l'éloigne même un peu sur le petit carré buvardeux. On savoure la couleur, faux miel, soleil froid. Par tout un rituel de sagesse et d'attente, on voudrait maîtriser le miracle qui vient à la fois de se produire et de s'échapper. On lit avec satisfaction sur la paroi du verre le nom précis de la bière que l'on avait commandée. Mais contenant et contenu peuvent s'interroger, se répondre en abîme, rien ne se multipliera plus. On aimerait garder le secret de l'or pur, et l'enfermer dans des formules. Mais devant sa petite table blanche éclaboussée de soleil, l'alchimiste déçu ne sauve que les apparences, et boit de plus en plus de bière avec de moins en moins de joie. C'est un bonheur amer : on boit pour oublier la première gorgée. »

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas le texte, Delerm a raison. La première gorgée est essentielle et on « y » savoure le simple fait de boire une bière. Depuis quelques temps, je finis le boulot assez tard. La première chose que je fais est d’aller au bistro ce qui, en 27 ans de métier, ne m’étais jamais arrivé quand je finissais à une heure raisonnable. Et j’y retrouve ce bonheur qui ne nécessite que deux choses : de la bière qui ne soit pas mauvaise (ben oui, je parle des bières ordinaires mais j’en connais qui sont réellement à chier) et qui soit légère…

Cela étant, pourquoi payer 4€50 un verre alors que le plaisir est le même avec 2€20 ?


Pourquoi aller dans un bar spécialisé en bière alors que la moindre brasserie peut donner ce plaisir (à part pour l’ambiance, fort appréciable, qui peut y régner) d’autant que dès la deuxième gorgée, le plaisir s’estompera… ?

03 décembre 2014

Le bobo à smartphone

L’autre jour, une jeune femme propre sur elle entre dans la Comète presque affolée et m’explique qu’elle devait se rendre à l’hôpital de Bicêtre mais qu’elle n’arrivait pas à s’orienter avec son smartphone, elle ne trouvait pas l’hôpital. Je lui ai dit : « Madame, regardez là-bas, vous avez un panneau indicateur qui montre la direction de l’hôpital. Par ailleurs, vous avez juste en dessous un plan de la commune. » « Ah, oui mais mon smartphone, pourquoi il ne le trouve pas ? » « Je ne sais pas, madame. »

J’aurais pu lui répondre ce que je pensais réellement : « hé ho, connasse, je veux bien donner des renseignements aux gens égarés mais je ne suis pas là pour t’aider à trouver dans ton bordel un des plus gros hôpitaux de la région parisienne. Par contre, je peux te montrer l’hôpital Paul Guiraud, notre HP… » Mais, j’ai bon fond.

Je me rappelle de mon prof de philo, en 1984, qui nous avait parlé des bobos, ces bourgeois-bohêmes… Internet présente les bobos comme une notion relativement nouvelle théorisée en 2000. Je ne trouve pas ce que je cherche, l’origine de l’expression. Aujourd’hui, on voit le bobo comme quelqu’un de plutôt riche, de gauche, écolo et vivant en ville, s’imaginant proche du peuple mais faisant tout pour s’en éloigner, opposé au bourgeois traditionnel et au gauchiste pur, donneur de leçon,… Le bobo se croit cultivé, voyage beaucoup,… Le bobo aime bien la chanson française mais seulement si le chanteur est mort. La définition évolue. Dans 10 ans, on parlera des bobos qui habitent en petite couronne et je l’aurai dans l’os.

Si le bobo va boire du Beaujolais nouveau, c’est parce que c’est une boisson populaire mais il n’a même pas remarqué que le peuple ne boit plus de Beaujolais. Avec la dernière évolution en date, le bobo ira boire son Beaujolais nouveau dans le bistro conseillé par une application de son iPhone, bistro qui fournira le wifi gratuit au client.

Pour ma part, je fréquente essentiellement des bars avec la wifi mais c’est le hasard et, si j’ai perpétuellement l’iPhone à la main, je ne pourrais pas être qualifié de bobo à smartphone. J’utilise mon smartphone pour ce qu’il permet de faire et ce dont j’ai besoin mais il est absolument hors de question que le moindre choix, dans ma vie, me soit dicté par une application quelconque.

Imaginons par exemple que je doive aller au CHU du Kremlin-Bicêtre et que je ne connaisse pas le quartier. Mon premier réflexe serait d’aller sur le site web de la RATP pour connaître la station de métro la plus proche et l'itinéraire. Tant qu’à faire, j’aurais imprimé le plan ou, plutôt, voyant que c’est en ligne droite, noté dans ma tête la rue que j’aurai à prendre. Le bobo à smartphone, lui, aura l’application RATP dans son appareil et l’application Google Maps et combinera les deux sans savoir, d’ailleurs, qu’il serait intéressant de consulter un plan pour voir si l’hôpital est proche du métro.

Le bobo à smartphone utilisera son machin pour noter des établissements, donner son avis,… Il consultera avec passion les avis des autres utilisateurs et, miracle, en découvrant une nouvelle boutique, aura le plaisir d’y trouver des gens de son monde des bobos, des vrais, mais à smartphone.

Le bobo à smartphone doit périodiquement acheter des chaussures. Il aura ses marques préférées et utilisera donc l’application de la marque pour trouver le commerce le plus près grâce aux fonctions de géolocalisation.

Le bobo est aisé. Il a donc un smartphone. Les vendeurs de chaussures prout-prout sont obligés de développer des applications pour smartphone avec géolocalisation pour pouvoir faire du chiffre d’affaire.

Ainsi, le bobo à smartphone préparera son voyage grâce à son smartphone sans même penser à aller sur www.voyages-sncf.fr ce que fait n’importe quelle personne à peu près normalement constituée si elle pense que le train est le meilleur moyen de transport…

Le bobo à smartphone sera un malin plaisir de montrer ses dernières applications à ses potes, comme nous autres, pauvres geeks, le faisions quand on a commencé à avoir ces machins dans nos poches, ce qu’on a arrêté quand on s’est rendus compte que tout le monde avait un smartphone, du moins tout le monde potentiellement intéressé par les applications qu’on pouvait présenter…

Le bobo à smartphone est ainsi encore plus ringard que le bobo normal… qui n’existe plus puisque tous les bobos ont nécessairement un smartphone sauf ceux qui boudent le mobile par snobisme, ce qui est grotesque, soit conserve son vieux appareil ringard pour montrer qu’il est au-dessus de ça. Le bobo à smartphone est plus ringard que le bobo sans smartphone pourtant bien plus tordu.

Il y a quatre ou cinq ans, quand un passant cherchait une indication pour se diriger, je sortais mon iPhone pour frimer. Maintenant, je lui indique les panneaux…

Le bobo à smartphone est anticonformiste et opposé à la société de consommation. Il fait ses courses au marché bio et s’il pouvait y acheter des smartphones, il le ferait. Il faudrait créer un stand « téléphonie durable », sur le marché…

Le bobo à smartphone est si anticonformiste et opposé à la société de consommation qu’il a acheté son iPhone 6 dans un Apple Store le jour de la sortie.

Néanmoins, on aura plusieurs catégorie de bobos à smartphone qui se livrent une guerre sans pitié : les bobos à iPhone et les bobos à Androïd mais ne doutons pas qu'ils seront prochainement rejoints par les bobos à smartphone Microsoft et les bobos à smartphone Firefox. 

Quant aux bobos à smartphone Blackberry, d'éminents sociologues travaillent actuellement à leur classification.